photo Malika Mokadem

Fred Sathal, portrait

Fred Sathal est née et a grandi à Marseille. Son travail de plasticienne-designer-performeuse s’incarne en diverses identités sous lesquelles elle officie pour la haute couture, les arts de la scène et l’art contemporain par la création de pièces uniques.

La création vestimentaire de Fred Sathal s’inscrit dans un vaste processus : de la genèse d’une collection à partir d’une thématique, à sa mise en images ou en mouvement par les défilés, son inspiration passe par les voyages, l’écriture, les rencontres, la collecte et la transformation de matières. Scénarisant son travail au moyen d’histoires qu’elle met en scène, Fred Sathal fait souvent appel à des collaborations artistiques variées.

Fidèle au principe de la coupe en un seul tenant, elle repense le costume contemporain et l'engage vers un devenir qu'elle entend organique, minéral et céleste. Dans le domaine de la création textile, son travail, centré sur la matière, a donné naissance à un vocabulaire et une grammaire composant la structure et l’ornementation des créations Sathal. Teinture à la vapeur, broderies à l’aiguille de points dits « étoile filante » ou « cicatrice », tissus superposés, sérigraphiés, montage de paillettes en « écailles », applications en volume de sequins, de cordonnets de coton perlé et de fils de broderie laissés libres sur le tissu rendent la finition du vêtement aussi parfaite à l’extérieur qu’à l’intérieur...

Fred Sathal, par son parcours hors les sentiers battus et sa signature unique, a su créer une mode hors norme, proposant une vision du monde d’aujourd’hui poétique et engagée.

« Je coupe, découpe, teins, brode, customise, photographie et mets en scène une approche primitive, naturelle, onirique, poétique, rituelle ».


Un livre Monographique en 2009 « SATHAL CREATURES » éditions Images en manœuvres, retrace ces 20 ans de création protéiforme.

"Pièces uniques aux constructions inédites, compositions riches d’une multitude de traitements, d’attentions particulières, d’intentions communicatives.

Chacun de ces vêtements comme un champ d’expérimentation que l’œil aguerri de l’archéologue se plaît à scruter.

À déconstruire en strates, étapes, opérations successives : pigments, bains, réactions chimiques, matières découpées, lacérées, appliquées, superposées, recyclées, rebrodées, modes d’assemblage, coutures, sutures, ligatures mais aussi accidents, incidents, ratures…

À tenter de saisir la dimension temporelle, non pas ce décompte des heures nécessaires à la production de l’oeuvre qui fascine tant les adeptes des métiers d’art, mais bien la durée élastique de cet échange, ce dialogue intime avec l’aléatoire, ses moments forts, ses silences, ses digressions, ses dérapages, ses reprises.

C’est sans doute dans les interstices de ce temps intangible que tout se joue et s’accomplit : un chemin du désordre, de la sauvagerie, de l’annihilation. Tentatives de se dégager du statique, du figé, du quotidien, du prévu, du fatal, du satisfait. Le mouvement comme désobéissance, comme remaniement.

Entre les mains de Sathal la couleur et l’aiguille deviennent outils de manipulation du monde, des armes pour le tâter de près, l’atteindre directement. Coulures, hachures, textures, brillances, pétillements lumineux, punctiformes, vibrants, cinétiques, reliefs vagabonds : un beau champ de bataille.

Émergence d’un vêtement magique, un habit de l’âme. Résurgence d’une énergie primitive, un abri pour le corps."

Lydia Kamitsis

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